La dépression

La dépression est en train de devenir l’une des plus grandes maladies du siècle

En 2020, elle se situera selon l’OMS, à la seconde place en terme de coûts parmi les différentes maladies, façon glaciale de présenter les choses mais qui a le mérite d’être claire.

Quelques faits

Environ 12% des hommes et 20% des femmes vont souffrir d’une dépression grave au cours de leur existence, ce qui représente 5% de la population
Chaque épisode dépressif augmente de 16% les probabilités d’une récurrence, après un deuxième épisode, le risque passe à 80% 

La dépression est un trouble mental courant qui touche mondialement plus de 350 millions de personnes.

La dépression est la première cause d’incapacité dans le monde.

Il existe des traitements efficaces pour la combattre, notamment la méditation en pleine conscience sous la forma du programme MBCT

Voici un témoignage d’une patiente

Des effets de la méditation sur le cerveau et l’organisme

Il se définit comme l’homme le plus heureux que la science ait eu à analyser: à considérer le sourire serein du Français Matthieu Ricard, généticien moléculaire devenu moine tibétain, on est tenté de le croire.

 Mattiew Ricard le 29 septembre 2012 à l’université du Wisconsin lors d’un électroencéphalogramme Université du Wisconsin/AFP – Jeff Miller

 Ce confident et interprète en France du dalaï lama, qui a tout abandonné pour aller vivre dans un ermitage himalayen, explique avec passion pourquoi la méditation peut modifier le fonctionnement du cerveau et susciter le bonheur, exactement de la même façon qu’on soulève des poids pour travailler ses muscles. Selon ce globe-trotter, fils du philosophe Jean-François Revel, n’importe qui peut être heureux: il s’agit juste d’une question d’entraînement.

Voici quatre ans, le neuroscientifique Richard Davidson a branché 256 capteurs sur le crâne de Matthieu Ricard à l’université du Wisconsin, dans le cadre de recherches pratiquées sur des centaines d’adeptes avancés de la méditation.

Les scanners ont montré que lorsqu’il méditait, le cerveau du moine produisait un niveau d’ondes « gamma », liées à la conscience, l’attention, l’apprentissage et la mémoire « jamais relevées auparavant dans la littérature de la neuroscience« , selon le témoignage de M. Davidson.

L’imagerie médicale a aussi montré une suractivité de son cortex préfrontal gauche par rapport à son homologue droit, lui donnant une aptitude « anormale » au bonheur et une réduction de la propension à la négativité.

« Nous avons trouvé des résultats remarquables avec des personnes pratiquant la méditation depuis longtemps mais aussi avec des gens qui méditaient 20 minutes depuis trois semaines, ce qui est bien-sûr plus adapté à nos modes de vie modernes ».

Ces recherches montrent que le cerveau modifie de lui-même ses structures selon les sollicitations qu’il reçoit : les circuits fréquemment utilisés se consolident et se développent ; ceux qui servent peu s’étiolent et rapetissent. Cette souplesse du cerveau est appelée neuroplasticité ou plasticité cérébrale. Les recherches sur ce phénomène en sont à leurs balbutiements et Matthieu Ricard a été l’un des tous premiers à participer à ces expériences scientifiques.

 Très récemment, plusieurs universités américaines ont conduit des recherches sur de grands pratiquants qui avaient à leur actif quelques 40 000 heures de méditation.
 Les résultats furent probants et montrèrent :
•  un haut niveau d’activité dans les parties du cerveau qui contribuent à former les émotions positives, comme le bonheur, l’enthousiasme, la joie et la maîtrise de soi;

•  un niveau d’activité moindre dans les parties du cerveau reliées aux émotions négatives, comme la dépression, l’égocentrisme, le manque de bonheur ou l’insatisfaction ;

•  un apaisement de la zone du cerveau qui déclenche la peur et la colère ;

•  la capacité à atteindre un état de paix intérieure même lorsqu’on est confronté à des circonstances extrêmement perturbantes ;

•  une aptitude inhabituelle à l’empathie et à l’écoute profonde des émotions d’autres personnes.

Ces résultats semblent montrer que l’entraînement de l’esprit à la méditation peut jouer un rôle capital sur les fonctions cérébrales : il ressort en effet de ces recherches que les tendances émotionnelles peuvent être modifiées et les penchants destructeurs amoindris.

Dans une étude, qui paraîtra fin janvier dans la revue  » Psychiatry Research: Neuroimaging », dirigée par le Massachusetts General Hospital (MGH), les chercheurs rapportent les résultats de leur travaux. «Cette étude démontre que des changements dans la structure du cerveau pourraient sous-tendre certaines de améliorations signalées et que si les gens se sentent mieux, ce n’est pas uniquement parce qu’ils passent un moment de détente. »

Des études antérieures avaient déjà trouvé des différences structurelles entre les cerveaux des praticiens de la médiation expérimentés et les cerveaux des personnes qui ne pratiquent pas la méditation. On observe ainsi un épaississement du cortex cérébral dans les zones associées à l’attention et l’intégration affective.

Dans le cadre de l’étude de la MGH, les images IRM de la structure cérébrale de 16 participantsont été prises , deux semaines avant et deux semaines après leur participation à un programme de 8 semaines de réduction du stress basé sur la méditation (MBSR). Une série d’images du cerveau ont également été prises sur un groupe témoin de non-méditants sur un intervalle de temps similaire.

Lire la suite

La « Mindfulness » : se soigner par l’attention et la connaissance de soi

Celui qui pense que la pleine conscience consiste à être simplement attentif se trompe.  Dans le bouddhisme, l’attention comporte deux attitudes complémentaires. L’attention décrit par le mot « manasikara » en pali se réfère à l’état mental qui suit immédiatement la perception d’un objet avant de l’identifier ou le nommer. Selon les sources bouddhistes, « manasikara » est une attitude neutre, presque banale sans référence spirituelle.

L’attention décrit par le terme de « sati » qui se traduit par « non oubli » ou « remémoration » se réfère à l’enseignement bouddhiste et sa remémoration par le méditant. L’attention décrit par « sati » permet de distinguer entre les états mentaux bénéfiques et ceux qui sont nocifs. « Sati » permet de conserver les états bénéfiques et de diminuer les états nocifs tels que la colère, la jalousie, le doute…..on peut appeler cela une capacité de métacognition.

La méditation « vipassana » qui est caractérisée par la quête de la connaissance de la réalité pure et qui délivre  l’esprit des illusions créées par la souffrance se sert des deux méthodes d’attention. De « manasikara » dans le but de focaliser l’attention sur la respiration et de « sati » l’attention qui observe les pensées et les analyse.

Selon le Dalai Lama, les exercices de « manasikara » sont en quelque sorte un entrainement quotidien de l’attention pour maintenir la capacité d’attention intacte. Son bénéfice secondaire est de calmer l’esprit et d’augmenter la concentration, mais  elle ne provoque point de changement en soi. Le changement nécessite une plongée plus profonde dans l’enseignement du bouddhisme et notamment dans  l’enseignement sur la compassion et l’impermanence.

Dans sa conversation avec Paul Ekman, chercheur en psychologie des émotions, le Dalai Lama insiste sur le fait que le actes humains n’ont que peu d’intérêt pour les bouddhistes, ce qui intéresse les bouddhistes ce sont les motivations qui sous-tendent les actes.

Les actes ne sont que des conséquences des motivations qui sous-tendent ces actes. Si un individu sourit à un autre individu pour pouvoir l’exploiter plus tard, il s’agit là d’un acte violent, mais si un individu est sévère et même dur pour le bien d’un autre individu, il ne s’agit point de dureté, mais de compassion, même si les actes semblent indiquer le contraire. Observez donc vos motivations et celles des autres.

Si  vous arrivez de par votre attention à identifier vos pensées, vos émotions et vos sensations, vous pouvez éventuellement mieux comprendre ce qui provoque à la fois vos souffrances, mais aussi votre joie.

La pratique de l’attention est particulièrement utile aux personnes qui sont submergées par leurs émotions et qui démontrent des réactions impulsives qu’ils regrettent souvent par la suite. Ces personnes n’ont souvent aucune conscience ni de leurs pensées, ni de leurs émotions.

L’attention simple dirigée vers les sensations, par exemple de chaleur dans les mains qui peut indiquer une forme de colère ou la sensation d’oppression dans la poitrine qui  provient de l’angoisse, est non seulement susceptible de révéler l’émotion qui sous-tend la sensation désagréable dont on voudrait d’ailleurs se débarasser le plus vite possible, mais elle ralentit également la réponse spontanée et souvent néfaste sous forme de décharge émotionnelle qui ne fait qu’aggraver l’humeur existante. Par l’attention « manasikara », la personne crée elle même un sas de sécurité qui lui permet de prendre du recul et de ne pas s’enfoncer, par l’attention « sati », elle apprend à identifier et comprendre plus en profondeur ses souffrances et de les analyser.

L’observation de nos pensées, de nos émotions et de nos sensations pendant le programme des 8 semaines nous permet d’apprendre les bases de cette voie de guérison psychique millénaire qu’il faut cultiver pour apprécier les bienfaits à long terme.

A lire A quoi sert la méditation?

Lire aussi 6 raisons de cultiver la pleine conscience

A quoi sert la méditation?

La méditation permet de débrancher volontairement des ruminations sur le passé et des inquiétudes pour l’avenir, pour se mettre consciemment en phase avec les choses telles qu’elle sont dans l’instant. (…) Méditer c’est porter attention aux choses telles qu’elles sont et non telles que nous voudrions qu’elles soient. Williams, Teasdale, Segal, Kabat-Zinn, 2007

Qu’est-ce que la méditation ?

Le principe de la méditation est de se mettre dans une position à la fois de détente et de dignité puis de diriger activement son attention sur la respiration par exemple. En aucun cas, il ne s’agit d’un état qui nous couperait des sensations habituelles.  « Il n’y a rien de particulièrement inhabituel ou mystique dans le fait de méditer ou d’être pleinement conscient », nous dit Jon Kabat-Zinn. Au contraire, la méditation est une plongée dans la conscience de ce qui nous habite, ce à quoi nous ne prêtons généralement pas attention. Il s’agit donc de développer une attitude à l’opposé de notre fonctionnement habituel en « pilotage automatique » alors que nous ne mesurons pas à quel point nos sensations, émotions et pensées s’agitent en nous et influencent nos comportements. « L’inconscient c’est des pensées » disait Lacan. Rapides comme l’éclair, elles traversent l’esprit sans retenir l’attention et pourtant impriment leurs traces dans les actes posés [1]».

Lorsque nous ne sommes pas pleinement conscients, nous abandonnons les rênes à nos schémas mentaux et émotionnels permettant aux mécanismes inconscients d’opérer librement et de dicter notre conduite. Nous interprétons alors les événements et nous agissons, à l’aune de nos habitudes cognitives et émotionnelles et non en fonction de ce qui est. L’absence de conscience nous rend alors aveugle à d’autres possibilités d’actions, elle nous rend aveugle à tout changement et nous amène à répéter toujours les mêmes comportements.

Il y a plusieurs manières de pratiquer la méditation. On peut notamment observer la respiration, les ressentis corporels, les manifestations émotionnelles mais aussi les pensées qui défilent.

L’attention portée à notre monde interne permet de se désidentifier de nos contenus de pensées, émotions etc… Cela permet de développer un lieu d’ancrage en nous, la conscience, qui déborde toutes nos définitions et cartes d’identité. Je ne suis pas que la pensée « je suis géniale » ou « je suis nulle ». La médiation permet d’identifier ces contenus comme des pensées qui ne font que passer, de se libérer de leur tyrannie pour développer une plus grande disponibilité à ce qui survient indépendamment des à priori émotionnels et des jugements. Elle nous fait découvrir que les pensées ne sont pas des faits mais seulement des événements mentaux qui varient et à qui l’on ne doit pas donner plus de pouvoir qu’ils n’en ont. Ainsi, si nous percevons la pensée « je serai toujours comme ça » comme une pensée et non comme la vérité définitive sur ce qui est, nous lui ôtons immédiatement tout pouvoir de nous influencer et pouvons peut-être noter que nous avons en ce moment des pensées sur nous-même dévalorisantes, ce qui ne veut pas dire que nous sommes effectivement sans valeur. Ce type d’idées nous renseigne sur les structures de pensée qui accompagnent tel événement, la méditation nous permettant de distinguer ce qui est, de ce que nous nous racontons sur les choses. Elle permet de se débrancher du brouhaha mental qui accompagne tous les événements de la vie pour la prendre telle qu’elle est et non plus telle que nous nous la racontons. Elle ouvre ainsi à plus grande disponibilité et va de pair avec une créativité accrue.


[1] La sagesse du désir, Le yoga et la psychanalyse, C.Berhelet Lorelle, 2003.